Lausanne interdit l'affiche anti-minarets, mais pas Genève
La municipalité de la capitale vaudoise a pris cette décision mercredi, estimant que les affiches véhiculaient des "images racistes, irrespectueuses et dangereuses". Cette affiche représente une femme en burqa et des minarets noirs posés sur le drapeau suisse.
"Nous estimons que les limites de la démocratie et de la liberté d'expression sont dépassées: le drapeau suisse est bafoué, des actes d'incitation au racisme figurent très clairement sur cette affiche et c'est le rôle de la Municipalité de prendre des décisions, même si elles peuvent faire de la publicité aux initiants", a expliqué à la Radio romande Olivier Français, responsable municipal en charge des travaux de la ville de Lausanne.
Genève n'est apparemment pas du même avis et elle n'interdira pas les affiches des partisans de l'initiative "contre la construction de minarets". Et ce par respect notamment pour la liberté d'expression, a précisé à l'AP Philippe d'Espine, chargé de l'information du Conseil administratif.
Jusqu'ici, seules Bâle et Lausanne ont donc décidé d'interdire ces affiches, qui font débat aussi dans d'autres villes, comme à Lucerne, Zurich et Winterthour, qui voulaient attendre une expertise de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) avant de se prononcer.
La CFR a rendu son avis mercredi: elle estime que les affiches "esquissent à propos de l'Islam un scénario catastrophe qui dénigre la population musulmane pacifique de Suisse", ce qui "pourrait menacer la cohésion sociale et la paix publique".
La CFR préconise donc de "procéder à une pesée minutieuse des intérêts entre la liberté d'opinion, la protection contre la discrimination et la protection de la société suisse contre une agitation qui favorise de haine".
La CFR souligne que les affiches "nourrissent les préjugés, sont généralisatrices et présentent globalement l'Islam de manière défavorable comme étant une menace", et "suggèrent que la minorité musulmane vivant en Suisse représenterait un danger redoutable": "Le message véhiculé est qu'elle voudrait dominer la population suisse, opprimerait la femme et mépriserait les droits fondamentaux".
"Cela équivaut à une diffamation de la population musulmane pacifique de Suisse", poursuit la CFR. La commission ajoute qu'il faut respecter de limiter la liberté d'opinion "si l'on veut protéger une minorité contre la discrimination et préserver la société suisse d'une agitation qui attise la haine".
En promulguant une éventuelle interdiction de placarder ces affiches dans l'espace public, "les exécutifs municipaux se conforment à l'obligation de non-discrimination" inscrite dans la Constitution fédérale et à celle de prévention figurant dans la Convention internationale sur toutes les formes de discrimination raciale, selon la CFR.
Lancée par des membres de l'UDC (Union démocratique du centre, extrême droite) et de l'Union démocratique fédérale (UDF, droite chrétienne), l'initiative, qui vise à faire interdire la construction de minarets dans le pays, sera soumise à votation le 29 novembre. Elle est combattue par le Conseil fédéral et le Parlement, qui mettent en garde contre les conséquences négatives sur la paix religieuse et en matière de politique extérieure. AP




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